Mairie de Moundou : Le naufrage d’une gestion opaque et scabreuse

L’heure est aux règlements de comptes et au grand déballage au sein de la municipalité de Moundou. Derrière les portes closes de l’hôtel de ville, le contribuable assiste, impuissant, au pillage organisé de ses ressources économiques. Recettes évaporées, opacité institutionnelle et incompétence managériale : la gestion du maire Bondo Djekouassem Elon est aujourd’hui mise à nu. Entre une convocation chez le Procureur de la République et l’arrivée imminente des limiers de la Cour des comptes, la capitale économique du Tchad suffoque sous le poids d’un système financier devenu « chaotique et inacceptable ». Enquête sur une dérive qui ébranle les fondements de la gouvernance locale.

Tout a éclaté au grand jour le 4 mai 2026. Rompant l’omertà qui paralyse trop souvent nos institutions, le maire adjoint de Moundou, Djonkeye Hubert, a jeté un pavé magistral dans la mare en dénonçant publiquement la gestion désastreuse des deniers publics. Au cœur de ce scandale d’État à l’échelle locale : le juteux contrat d’affermage du sésame. Alors que cette ressource devrait renflouer les caisses communales pour financer les infrastructures de la ville, les montants versés restent désespérément introuvables ou inutilisés.

Les chiffres avancés donnent le tournis et illustrent l’ampleur du gouffre financier. Rien que pour les mois de février, mars et avril 2026, des disparités alarmantes totalisant près de 93 millions de FCFA ont été constatées. À titre d’exemple, pour le seul mois de février, la commune n’a enregistré que 49 millions de FCFA sur les 70 millions initialement budgétisés. Où est passé le reste ? Dans quelles poches se sont volatilisés ces millions indispensables au bien-être des citoyens ? Face à cette trahison de la confiance publique, Djonkeye Hubert a exigé l’arrêt immédiat de ces pratiques sombres et féodales, pointant du doigt ce qu’il convient d’appeler un pillage en règle.

Le maire Bondo acculé et incapable de justifier ses dépenses

Cette sortie médiatique fracassante a fait l’effet d’une bombe, au point de franchir les portes du palais de justice pour atterrir sur la table du Procureur de la République. Convoqués pour s’expliquer sur ce carnage financier, les magistrats municipaux ont dû faire face à la réalité des faits. À l’issue des débats, le verdict officieux est sans appel : les écarts abyssaux sont le résultat direct d’une utilisation frauduleuse et abusive des fonds par le maire titulaire, Bondo Djekouassem Elon en personne.

Si le Trésorier provincial — initialement accusé d’incompétence par le maire adjoint — a finalement été blanchi, le maire Elon, lui, s’enfonce chaque jour un peu plus. Bien qu’il ait formellement reconnu les écarts de trésorerie, le chef de l’exécutif municipal s’est avéré incapable de fournir la moindre pièce justificative pour appuyer ses prétendues dépenses. Plus grave encore, une pitoyable tentative de sauvetage politique a échoué : lors d’une seconde sortie médiatique, son adjoint a tenté maladroitement de couvrir ses arrières, mais le vernis a craqué. La situation est irrémédiablement pourrie.

Les jours du maire sont comptés

Le constat de terrain est accablant : Bondo Djekouassem Elon gère la mairie de Moundou comme sa propre boutique, excluant totalement le reste de l’exécutif de la gestion financière. C’est le règne de l’opacité la plus absolue. Mais le vent tourne. Selon des sources concordantes, une mission d’investigation de la Cour des comptes a débarqué à Moundou pour fouiller les tiroirs et faire toute la lumière sur cette gestion scabreuse.

L’étau se resserre d’autant plus que la tutelle a décidé de taper du poing sur la table. Nos indiscrétions confirment que lors du dernier passage du Vice-Premier ministre et ministre de tutelle à Moundou, le maire Elon a été littéralement « chauffé à 100 degrés Celsius ». Devant l’autorité de l’État, l’homme a perdu son arrogance et son verbe, balbutiant face à un ministre qui a acté son « incapacité notoire ».

Aujourd’hui, l’avenir de la commune est suspendu à un fil. Conscient de la déliquescence de l’institution, le maire adjoint Djonkeye Hubert et certains conseillers menacent désormais de démissionner si la clarté et l’orthodoxie financière ne sont pas immédiatement restaurées. Une chose est certaine : entre les bévues à répétition, le désaveu de son ministre de tutelle et l’audit de la Cour des comptes, les jours de Bondo Djekouassem Elon à la tête de la mairie de Moundou sont comptés. La population de Moundou, las d’être floué, attend que justice soit faite.

Murrow Issa Changengar 

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