Enjeux autour des nouvelles attaques djihadistes contre le pouvoir de Bamako

Les combats se poursuivaient lundi après-midi pour la prise du camp d’Anéfis, dans le nord du Mali. C’est là que se sont retranchés les paramilitaires russes d’Africa Corps et quelques militaires maliens, après une vaste offensive coordonnée à travers le pays menée par une coalition d’indépendantistes touaregs et de djihadistes. Éric Topona.

Les attaques simultanées et coordonnées du 25 avril 2026 de plusieurs groupes armés djihadistes contre des positions fortes et stratégiques des forces armées maliennes n’ont guère de précédent depuis l’arrivée au pouvoir de la junte actuelle. Elles ne se sont pas seulement traduites par la prise de contrôle de localités à haute valeur symbolique et sécuritaire telles que la ville de Kidal, ou par d’importantes pertes en vies humaines et en matériels militaires du côté des forces armées régulières. Le décès du ministre de la Défense Sadio Camara et les graves atteintes physiques subies par de très hauts gradés du haut commandement malien ont fait vaciller le pouvoir, tant et si bien que certains, au sein même de l’armée régulière, ont été gagnés par le doute quant à la capacité du commandant en chef, Assimi Goïta, à tenir ses troupes et à rassurer le peuple malien.

Guerre de communiqués

Voici qu’à peine deux mois plus tard, les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) reviennent à l’assaut. Comme lors des attaques d’avril dernier, leur objectif semble manifestement demeurer le même. À savoir, s’emparer de villes stratégiques avec pour objectif ultime de repousser la junte malienne dans ses derniers retranchements jusqu’à sa reddition. À leurs débuts, la soudaineté et la brièveté des attaques menées par le FLA et le Jnim dans les journées du 4 au 5 juillet ont semblé être des tests sur la force de réaction et de résistance de leurs adversaires. La guerre des communiqués entre les belligérants qui a suivi et se poursuit dans une grande confusion ne permet pas d’avoir un état des lieux complet de la situation sur le théâtre des opérations en ce moment précis.

Les FAMa sur la défensive

Toutefois, il est établi que la localité d’Anéfis est l’un des enjeux majeurs des combats qui se poursuivent. C’est le passage obligé sur la transsaharienne au nord du fleuve Niger, en direction de Kidal. Les forces armées maliennes et leurs alliés paramilitaires russes tiennent toujours, au moment où nous écrivons ces lignes, le camp militaire de cette localité hautement stratégique.

Mais avant le dénouement des combats en cours, quelques interrogations légitimes découlent de cette actualité.

Comme le 25 avril 2026, les Forces armées maliennes (FAMa) se retrouvent une nouvelle fois sur la défensive. La mise en route tardive des renforts russo-maliens, les forces aériennes d’appoint ciblées par les djihadistes et la destruction d’un hélicoptère Sukhoi à Tabrichat, questionnent quant à l’efficacité, voire la fiabilité du renseignement prévisionnel au sein des FAMa.
L’un des apports essentiels escomptés dans la coopération militaire du Mali avec la Russie portait justement sur la mobilisation d’un renseignement fiable pour les FAMa. Or, comme ce fut le cas au Niger et à deux reprises lors des attaques contre l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey, les forces armées régulières se sont retrouvées sur la défensive, ce qui explique l’ampleur des pertes humaines et matérielles qu’elles ont subies.

Du côté du Jnim et du FLA, il est évident qu’ils veulent priver les forces maliennes de toute possibilité de refaire leurs forces ou de disposer des moyens d’une contre-offensive de grande ampleur. On pourrait même se demander si les groupes djihadistes ne disposent pas de pourvoyeurs d’informations au sein des FAMa. Cette hypothèse est d’autant plus plausible que leurs cibles et le moment choisi pour mener leurs offensives ne sont pas fortuits. Comme le prouvent les dégâts subis par les Forces armées maliennes, leur riposte est d’autant plus laborieuse qu’elles se trouvent dans un moment de grande vulnérabilité. Mais cette analyse n’a pas seulement de pertinence pour les troupes sur le front de guerre.


Faiblesse de l’appui d’Africa corps

Elle peut aussi être objectivement convoquée pour le pouvoir central de Bamako et leurs alliés paramilitaires russes, dans le contexte international actuel qu’est celui de l’enlisement de Moscou dans sa guerre en Ukraine.

En effet, force est de constater que l’appui militaire russe à ses alliés africains ne cesse de décroître en puissance depuis que la Russie fait face à une armée ukrainienne qui est quasiment parvenue à porter le conflit dans la profondeur du territoire russe. Cette vulnérabilité croissante du parrain russe ne peut pas être sans conséquence sur son déploiement en Afrique. On le voit également en République centrafricaine où les Forces armées centrafricaines (FACA) sont de nouveau confrontées à des groupes rebelles qui semblaient durablement affaiblis par les paramilitaires de l’Africa Corps, selon le discours officiel.

Les combats en cours dans le Nord-Mali sont aussi une épreuve majeure pour Bamako qui peine à protéger et à rassurer des populations gagnées un peu plus chaque jour par le doute et l’incertitude des lendemains. Au-delà du Mali, il s’agit pour l’Alliance des États du Sahel (qui a célébré son deuxième anniversaire le 6 juillet 2026) d’apporter la preuve aux peuples de ces trois États, à leurs partenaires au développement, aux États de la région ouest-africaine, que sa création n’est pas qu’une improvisation géopolitique de Moscou dans sa volonté d’étendre sa toile sur le continent africain.

ET

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