Au Tchad, certaines trajectoires familiales épousent les contours de l’histoire d’une profession. Celle de feu Me Béchir Madet Adap et de son fils Christian Akot Madet en est une illustration éloquente. Entre héritage, continuité et renouveau, leurs parcours respectifs dessinent le visage d’un notariat tchadien en mutation.
Disparu le 10 novembre 2018 en France, Me Béchir Madet Adap demeure une figure marquante du paysage juridique et politique tchadien. Né le 11 novembre 1964 à Kolobo, dans la province du Mayo-Kebbi Est, il incarne une ascension fondée sur le travail, la rigueur et une ambition assumée.
Formé à l’École Nationale d’Administration et de la Magistrature de N’Djamena, il débute sa carrière comme greffier en chef avant de se spécialiser dans le notariat en France, à l’École notariale de Nîmes. À son retour au pays, il fonde son office notarial à N’Djamena après avoir prêté serment le 27 mars 1998, une date fondatrice dans son parcours professionnel.
Mais Me Béchir Madet ne se limite pas au droit. Enseignant, écrivain – auteur de « Itinéraire du paysan notaire » – et acteur culturel, il s’impose également comme une personnalité publique influente. Président de l’Ordre des Notaires du Tchad, puis de la Commission déontologique du notariat africain, il marque durablement sa profession.
Son engagement politique le conduit aux plus hautes fonctions : ministre de la Justice (2013–2014), puis ministre du Pétrole et de l’Énergie (2016–2018). Militant du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), il incarne une génération de cadres engagés dans la construction de l’État tchadien.
Au nom du père , du fils et de la continuité
Huit ans après la disparition du père, le flambeau est repris par son fils, Christian Akot Madet. Par décret présidentiel du 25 mars 2026, il est nommé notaire titulaire de charge à l’office de feu Me Béchir Madet, devenant ainsi le plus jeune notaire du Tchad.
Formé à l’Université de Bordeaux, où il obtient une licence en droit privé puis un Master 2 en droit notarial et gestion du patrimoine, il s’inscrit dans la continuité académique et professionnelle de son père, tout en apportant une touche résolument contemporaine.
Son immersion dans le métier débute très tôt, dès 2016, au sein même de l’étude familiale. Il y acquiert une solide expérience en droit de la famille, en immobilier et en rédaction d’actes. Depuis 2022, il exerce comme clerc de notaire à N’Djamena, consolidant progressivement son expertise.
Le 27 mars 2026, soit exactement 28 ans jour pour jour après son père, Christian Akot Madet prête serment à son tour, scellant symboliquement la transmission d’un héritage professionnel et familial.
Mais à la différence de son père, il diversifie ses engagements. Entrepreneuriat, communication digitale, leadership associatif et engagement politique de jeunesse, il incarne une génération polyvalente, à l’aise à la fois dans le droit et dans les dynamiques contemporaines.
Entre héritage et symbole
Si le père a été un bâtisseur, le fils se positionne comme un modernisateur. L’un a posé les bases d’un notariat structuré et respecté ; l’autre ambitionne de l’adapter aux enjeux actuels : sécurisation des investissements, accompagnement des entreprises, digitalisation des pratiques.
La concordance des dates de prestation de serment — 27 mars 1998 pour le père, 27 mars 2026 pour le fils — dépasse le simple hasard du calendrier. Elle confère à cette succession une portée hautement symbolique, comme un passage de témoin entre deux générations unies par une même vocation.
Une même vocation, deux époques
Au-delà des différences de parcours et de contexte, un fil conducteur relie ces deux trajectoires : le sens du service. Service du droit, service de l’État, service de la société.
Me Béchir Madet Adap aura consacré sa vie à bâtir, structurer et transmettre. Christian Akot Madet, lui, s’inscrit dans cette lignée tout en projetant le notariat tchadien vers l’avenir.
Dans ce dialogue entre mémoire et modernité, c’est toute une profession qui se redéfinit, portée par l’héritage d’un père et l’élan d’un fils.
Murrow Issa Changengar
