Remaniement gouvernemental : Le cocotier semble secoué

Alors que les oreilles restent tendues vers les échos du Palais de Toumaï, dans l’attente d’un souffle nouveau porté par des hommes et des femmes capables de dynamiser l’action gouvernementale de la 5ème République, le doyen des ministres, le Dr Tom Erdimi, vient de démissionner. Un départ en cascade qui sonne, à n’en point douter, comme le déclic nécessaire pour faire peau neuve à bord d’un navire « Allamaye Halina » visiblement en mauvaise posture. Mais qu’est-ce qui pourrait bien expliquer le retard de ce remaniement appelé de tous les vœux ?

Madjitébaye Franck

Il ne nous appartient pas de prophétiser qui partira, qui restera, ni encore moins qui fera son entrée dans la future équipe. Mais force est de constater que depuis la démission surprise du Dr Tom Erdimi, ministre d’État à l’Enseignement supérieur, l’alerte est donnée. Au-delà des raisons — plus ou moins fallacieuses — brandies pour justifier le départ de l’ex-chef rebelle de l’UFR, la classe politique tchadienne et la « toile bleue » (Facebook) sont envahies d’historiettes à vous faire arracher les cheveux. Telle personnalité est pressentie à tel poste, tel quidam aurait la carrure idéale, tralala, tralala…

Toutefois, dans les faits, un parfum de vérité transpire des arcanes du pouvoir. Le pouvoir étant ce qu’il est, certains signes annonciateurs ressemblent à un vernissage de façade susceptible de réserver des surprises à plus d’un. Entre les débrayages sociaux assourdissants des enseignants et de la Fonction publique, les sempiternelles revendications des diplômés sans emploi, les cris de détresse des personnes handicapées et les « oubliés de la République » que sont les retraités, le climat social est plus que jamais délétère. Il appelle une thérapie appropriée et efficiente. À cela s’ajoute une crise politique sciemment entretenue par les tenants du pouvoir, marquée par l’arrestation de leaders d’opinion et une hégémonie du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) qui semble prendre en otage toute activité démocratique.

Le PM échappera-t-il au déluge ?

Même si l’affaire, tristement célèbre, de la culture Kodomma des Mousseye a ébranlé l’actuel chef du gouvernement, de nombreuses langues continuent de prédire le départ de l’enfant prodigue de Gounou-Gaya, Allamaye Halina. Des sources introduites, il ressort que trois tendances structurelles, entre coups bas et habitudes ancrées, se détachent au sein de l’équipe actuelle.

D’un côté, certains ministres, droits dans leurs bottes, multiplient stratégies et « singeries » de sabotage dans le seul but de faire couler le navire. Sous prétexte d’un manque de carrure ou d’un cursus trop léger du PM, ces ministres, constitués en lobbies, s’inscrivent en marge des directives primatiales pour mieux l’enfoncer. En face, un autre groupuscule de chefs de départements se disant « indéboulonnables » s’affiche comme les privilégiés du Raïs, foulant allègrement aux pieds les décisions d’Allamaye Halina. Inutile de se leurrer : ces ministres sont aujourd’hui la cible privilégiée des syndicalistes et des diplômés à bout de souffle. Enfin, viennent les loyalistes, ceux pour qui seuls comptent la mise en œuvre et le suivi des actions gouvernementales. Dans ce jeu de tiraillement, le Président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, semble pour l’instant tenir mordicus au maintien de son Chef du gouvernement, contre vents et marées.

Pourtant, les dés semblent jetés. Dans l’incertitude totale, les citoyens avertis n’ont qu’un mot à la bouche : remaniement. On réclame le départ des ministres mal-aimés, de ceux dont l’impopularité est le fruit de l’inaction ou d’un zèle mal placé dans le traitement des dossiers brûlants de l’État.

Mais concrètement, pourquoi ce retard ?

Une nomination, fût-elle celle d’un gouvernement, relève de la discrétion absolue du Chef de l’État. Cette maxime devrait servir de rempart contre les spéculations et autres sondages de réseaux sociaux exprimés par des individus parfois sans repères politiques.

À y regarder de plus près, les Tchadiens restent attachés à des habitudes héritées du passé. Si Déby père (paix à son âme) avait habitué le peuple à des remaniements spectaculaires à la veille des fêtes religieuses ou nationales, il en va autrement avec Déby fils. Bien que les deux présidents partagent un lien familial et le grade de Maréchal, leurs styles de gestion diffèrent. Si le défunt, face à l’instabilité, pouvait se débarrasser d’un ministre au moindre geste pour des convenances personnelles, l’actuel Chef d’État semble privilégier ce qu’on appelle le « remplacement numérique » : un départ provoque une arrivée, sans forcément bouleverser l’édifice.

En somme, loin de vouloir faire l’éloge des agitateurs de la toile, force est de constater que depuis le départ de Tom Erdimi, l’heure est au maraboutage et aux pratiques occultes. C’est le moment propice pour les charlatans qui se frottent les mains. Quoi qu’il en soit, si remaniement il doit y avoir, il aura lieu !

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