Éditorial : Les défis techniques de l’or bleu

Le débat qui agite la « toile bleue » autour du taux d’accès à l’eau de 63,5 % au Tchad ne doit pas être perçu comme une simple querelle de chiffres, mais comme un appel à l’efficacité technologique. Si le Secrétaire général du ministère de l’Eau, Nouh Saleh Haggar, a défendu avec rigueur la base de données nationale, l’enjeu véritable de 2026 n’est plus seulement de savoir combien de Tchadiens ont accès à l’eau, mais comment garantir que cet accès soit pérenne, moderne et techniquement viable.

Passer d’un taux de 21 % à 63,5 % en un quart de siècle est une prouesse d’ingénierie globale. Cependant, pour franchir le dernier kilomètre — celui qui sépare encore des millions de foyers de la ressource — le Tchad doit opérer une mue technologique profonde.

Le premier obstacle à la pérennité des points d’eau au Tchad reste le coût et la maintenance de l’énergie. Trop de forages motorisés tombent en désuétude dès que le groupe électrogène tombe en panne ou que le prix du carburant flambe dans les provinces reculées. La solution technique est claire : la généralisation du pompage solaire photovoltaïque.

Avec un ensoleillement exceptionnel, le Tchad dispose d’une batterie naturelle inépuisable. Investir massivement dans des systèmes de pompage solaire, couplés à des solutions de stockage par batteries de nouvelle génération, est le seul moyen de réduire les charges d’exploitation des comités de gestion d’eau et d’assurer un service continu, même dans les zones les plus isolées du Sahel.

Le SG a évoqué la Direction générale du centre de documentation et de formation géographique comme une structure de référence. C’est un pas important, mais l’étape suivante est la digitalisation du réseau. Comment savoir si une pompe à 800 km de N’Djamena est en panne avant que la population n’alerte les réseaux sociaux ?

L’installation de capteurs connectés (IoT) sur les infrastructures hydrauliques majeures permettrait un suivi en temps réel des débits et des pressions. Cette « intelligence de l’eau » faciliterait une maintenance prédictive, évitant que des investissements de millions de francs CFA ne deviennent des carcasses de fer rouillé en moins de deux ans.

L’assainissement. Le chiffre de 23 % pour l’assainissement est le véritable signal d’alarme. Ici, les solutions classiques de réseaux d’égouts centralisés sont souvent inadaptées à l’urbanisme complexe de nos cités. La technique doit s’orienter vers l’assainissement autonome et écologique.

Le développement de latrines à double fosse ventilée ou l’utilisation de biodigesteurs permettant de transformer les déchets organiques en biogaz pour la cuisine sont des pistes techniques sous-exploitées au Tchad. Innover dans le traitement décentralisé des eaux usées permettrait de protéger nos nappes phréatiques, dont la qualité est aujourd’hui menacée par la pollution urbaine.

Enfin, l’ingénierie tchadienne doit intégrer la donne climatique. Les conditions hydrogéologiques « défavorables » mentionnées par Nouh Saleh Haggar ne sont pas une fatalité, mais un défi de conception. La construction d’ouvrages de recharge artificielle des nappes et la multiplication des retenues d’eau collinaires sont des solutions techniques éprouvées pour stabiliser les ressources durant la longue saison sèche.

L’accès à l’eau au Tchad ne se résoudra pas par des discours, mais par des ingénieurs, des techniciens et des investissements technologiques ciblés. Le chiffre de 63,5 % doit être perçu comme un socle sur lequel bâtir une architecture hydraulique plus résiliente.

La technologie existe. Les partenaires sont prêts. Il reste à transformer chaque point de pourcentage en une infrastructure fonctionnelle, robuste et facile à entretenir. Car au-delà du débat virtuel, la soif, elle, est bien réelle, et seule une réponse technique rigoureuse saura l’étancher durablement.

Juda Allahondoum 

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