Armes et conflit agriculteurs-éleveurs : le sénateur Mbaïgolmem doit sortir du silence

Accuser un responsable militaire de distribuer des armes, dénoncer un traitement inégal entre agriculteurs et éleveurs, puis taire les noms et les preuves : une telle posture ne peut tenir lieu de contribution à la paix. Le délégué général du Gouvernement auprès du Logone Occidental demande des explications. La question est désormais simple : le sénateur Sébastien Mbaïgolmem fournira-t-il les éléments qu’il affirme détenir ?

Le conflit entre agriculteurs et éleveurs n’est pas un terrain de polémique à exploiter à coups de déclarations fracassantes. Dans le Logone Occidental, les tensions liées à la transhumance exigent des actes, de la responsabilité et des informations vérifiables. Quand un élu affirme qu’un responsable militaire distribuerait des armes à des éleveurs, il ne lance pas une rumeur anodine : il formule une accusation grave, qui appelle des preuves.

C’est dans ce contexte que le délégué général du Gouvernement auprès de la province a écrit au sénateur Sébastien Mbaïgolmem. Selon la correspondance, lors d’une intervention le 14 octobre à Laoukassi, le parlementaire aurait déclaré que de nouveaux éleveurs se trouvaient parmi des responsables administratifs et militaires. Il aurait aussi affirmé connaître l’identité d’un responsable militaire qui distribuerait des armes à des éleveurs, tout en refusant de la révéler.

Plus grave encore, il aurait soutenu que les autorités récupéreraient les armes des agriculteurs, mais laisseraient celles des éleveurs en leur possession. Si ces propos ont bien été tenus, ils mettent directement en cause l’action des autorités et peuvent alimenter la défiance dans une situation déjà explosive. On ne peut dénoncer publiquement des faits d’une telle gravité, puis se dérober lorsqu’on vous demande de les documenter.

La demande du délégué général est précise : quels responsables administratifs et militaires seraient concernés ? Qui est le militaire accusé de fournir des armes ? Quels éleveurs en auraient reçu ? Quels faits prouvent que les armes sont récupérées auprès des agriculteurs, mais pas auprès des éleveurs ? Et que sait le sénateur des sources d’approvisionnement en armes des agriculteurs ?

Ce ne sont pas des questions accessoires. Ce sont les questions auxquelles doit répondre toute personne qui prétend détenir des informations susceptibles d’éclairer un conflit et de prévenir de nouvelles violences. Les autorités compétentes ne peuvent enquêter sérieusement sur des accusations anonymes, lancées dans l’espace public puis soustraites à toute vérification.

Tourner autour du pot 

Pourtant, au lieu de placer les faits au centre du débat, les réactions de certains responsables politiques se sont concentrées sur la correspondance et l’immunité parlementaire. Le président du parti du sénateur aurait notamment invoqué des arguments de droit administratif. Mais aucun cours de droit, aussi sonore soit-il sur les réseaux sociaux, ne remplace une réponse sur le fond. L’immunité parlementaire ne transforme pas une accusation en preuve et ne devrait pas servir de bouclier contre toute demande de clarification.

Le sénateur peut contester la démarche du délégué général. Il peut en expliquer les raisons et faire valoir les règles applicables. Mais s’il possède des noms, des faits et des éléments fiables, le devoir de responsabilité commande de les communiquer aux instances compétentes. Garder le silence tout en laissant planer des soupçons sur des responsables et sur une communauté ne contribue ni à la vérité ni à l’apaisement.

La circulaire n° 007/MATD/SG/2026, relative à la prévention des départs précoces des transhumants et à la sécurisation de la campagne 2026-2027, vise précisément à encadrer une période sensible. Dans ce climat, chaque parole publique peut peser lourd. Les élus ont le droit d’alerter ; ils ont aussi le devoir d’étayer leurs accusations.

La question n’est donc pas de savoir qui fera le plus de bruit sur les réseaux sociaux. Elle est de savoir si les armes circulent, qui les fournit et si les autorités appliquent les mêmes règles à tous. Sur ces points, les habitants du Logone Occidental méritent des réponses, pas des insinuations. Au sénateur Mbaïgolmem, désormais, de produire les éléments qu’il dit détenir.

Murrow Issa Changengar 

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