Le 25 septembre 2025, Paris accueille une rencontre économique entre le Mouvement des entreprises de France (MEDEF) et le gouvernement tchadien autour du Plan national de développement (PND) « Tchad Connexion 2030 ». Derrière ce rendez-vous, N’Djamena entend convaincre les investisseurs français de participer à la transformation économique du pays.
Éric Topona
Organisée sous l’égide de la section internationale du Mouvement des entreprises de France, MEDEF International, cette rencontre doit permettre au gouvernement tchadien de présenter aux investisseurs français les ambitions du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 ».
Au total, 268 projets, inspirés du programme présidentiel du chef de l’État, Mahamat Idriss Déby Itno, sont annoncés. L’ambition affichée est considérable : mobiliser jusqu’à 30 milliards de dollars, soit environ 18 000 milliards de francs CFA, notamment à travers des partenariats public-privé.
De la coopération militaire au partenariat économique
Dans l’histoire des relations entre le Tchad et la France, la coopération économique n’est pas une nouveauté. Depuis l’indépendance du Tchad, le 11 août 1960, les deux pays entretiennent des relations dans plusieurs domaines.
Mais dans l’opinion internationale, cette relation a longtemps été largement associée à la coopération militaire et sécuritaire. Le déplacement progressif du curseur vers l’économie constitue donc un changement de perspective.
La défense et la sécurité demeurent des composantes importantes de la relation bilatérale. Toutefois, N’Djamena entend désormais mettre davantage l’accent sur les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, le numérique, la santé, l’éducation et les autres secteurs susceptibles de soutenir une croissance durable.
Pour le gouvernement tchadien, l’enjeu est aussi de transformer les promesses de développement en réalisations concrètes. Une nécessité d’autant plus sensible que nombre de Tchadiens restent prudents face aux annonces de grands projets, après des décennies de programmes annoncés mais dont les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes.
« Tchad Connexion 2030 » : le grand pari du développement
Dans son mot de présentation du PND, le président Mahamat Idriss Déby Itno présente « Tchad Connexion 2030 » comme une feuille de route destinée à construire un pays « moderne, désenclavé, ouvert, compétitif et attractif ».
Le plan repose sur 17 programmes couvrant plusieurs secteurs stratégiques : eau et assainissement, électricité, numérique, transports, éducation et formation professionnelle, santé, agriculture, élevage, pêche, mines, hydrocarbures, justice, fiscalité, environnement, protection sociale, inclusion des femmes, réforme de l’État et décentralisation.
Sur les 268 projets annoncés, 133 sont consacrés aux réformes structurantes.
Les objectifs affichés sont particulièrement ambitieux : augmenter le PIB du Tchad de 60 %, sortir 2,5 millions de personnes de la pauvreté et faire du pays un modèle de développement en Afrique.
Encore faut-il que les financements suivent, que les projets soient effectivement exécutés et que leur gouvernance soit suffisamment transparente pour permettre aux populations d’en mesurer les bénéfices.
La France appelée à la rescousse
Pour concrétiser cette ambition, le Tchad souhaite s’appuyer sur l’expertise française et sur la capacité de ses entreprises à intervenir dans des secteurs où les besoins du pays sont considérables.
L’eau, l’assainissement, l’électricité, le numérique, la santé, les infrastructures, les mines et les hydrocarbures figurent parmi les domaines dans lesquels les entreprises françaises disposent d’une expérience importante.
Le forum d’affaires de Paris s’inscrit ainsi dans la volonté affichée par les deux pays de donner une nouvelle impulsion à leur coopération économique, dans le prolongement de la visite de travail du président tchadien à Paris, le 29 janvier 2026.
Des milliards annoncés, mais surtout des résultats attendus
Le véritable défi ne sera toutefois pas de présenter 268 projets dans une salle de conférence parisienne. Il sera de transformer ces projets en routes, en réseaux électriques, en infrastructures hydrauliques, en établissements de santé, en écoles, en emplois et en entreprises réellement opérationnelles.
Pour le Tchad, le rendez-vous avec les investisseurs français représente donc une opportunité, mais aussi une épreuve de crédibilité.
La question centrale est simple : les 30 milliards de dollars annoncés permettront-ils réellement d’accélérer la transformation du pays ou resteront-ils une nouvelle promesse inscrite dans un catalogue de grands projets ?
La réponse dépendra moins des discours que de la capacité des autorités à garantir la transparence, la bonne gouvernance, la sécurité juridique des investissements et surtout l’exécution effective des projets.
Entre le Tchad et la France, une nouvelle page économique pourrait ainsi s’ouvrir. Mais cette fois, les Tchadiens attendent moins de grandes annonces que de grandes réalisations.
