Politique : Il y a 4 ans, s’ouvrait le DNIS

Quatre ans. Quatre longues années depuis que le Palais du 15 janvier à N’Djaména a ouvert ses portes au Dialogue national inclusif et souverain (DNIS). Présenté en 2022 comme le grand acte de naissance de la réconciliation nationale après la disparition d’Idriss Déby Itno, ce rendez-vous devait refermer les fractures d’un pays suspendu à son avenir. 

Sur le papier, l’ambition étourdissante de quelque 1 400 délégués issus des formations politiques, de la société civile, des groupes de Doha et des chefs traditionnels promettait une ère nouvelle. Mais derrière l’encre des résolutions et la naissance d’une nouvelle Constitution, le compte n’y est pas. La transition a accouché d’institutions budgétivores, à l’image d’un Conseil national de transition dont la dotation a explosé, pendant que le pays s’enfonce dans ses vieux démons.

Le paradoxe tchadien est cruel. Plus l’État se dote de structures politiques censées le pacifier, plus le tissu social se déchire. La violence n’a pas disparu ; elle a changé de visage ou s’est enracinée. Entre les conflits fonciers et les luttes pour l’eau entre éleveurs et agriculteurs, des centaines de vies continuent de fumer dans l’indifférence des grands raouts politiques.

Réunir des centaines de délégués et multiplier les cérémonies officielles ne nourrissent ni les déplacés ni l’espoir d’un contrat social viable. Quand les villages s’embrasent, les belles promesses du Palais du Sénat se transforment en vœux pieux.

Le DNIS jurait d’ouvrir le champ démocratique. L’histoire récente s’est chargée de le démentir avec fracas. C’était plutôt un espace civique sous le joug du sang et des larmes. À peine les assises closes, les rues de N’Djaména ont connu l’horreur des manifestations durement réprimées dans le sang. Des arrestations en cascade de membres de l’opposition du parti Les Transformateurs au drame tragique ayant emporté Yaya Dillo, chef du Parti socialiste sans frontière, ont rappelé que la compétition politique locale reste muselée par la force. L’emprisonnement prolongé puis la grâce de figures comme Succès Masra illustrent à quel point la liberté d’expression demeure une ligne de crête extrêmement fragile. Le DNIS n’a certes pas été totalement vain : il a fourni un cadre légal, une Constitution et permis d’organiser des scrutins. Mais à quoi sert une architecture institutionnelle rutilante si la maison brûle de l’intérieur ?

Quatre ans après les grands discours de N’Djaména, le Tchad ne manque pas de dialogues ; il attend désespérément que la justice et la concorde cessent d’être de simple slogans sur le papier pour devenir le pain quotidien de son peuple. DJASRABE Ndingamndôh

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