PAUSE-CAFE/  Pont-Carol : un faux médecin opère, un patient meurt

Une opération chirurgicale clandestine a viré au drame dans la localité de Pont-Carol, Mayo-Kebbi Est au sud-ouest tchadien, le 22 janvier 2026. Un homme souffrant d’une hernie est décédé sur le coup après avoir été opéré par un vendeur de médicaments de rue, connu sous le surnom de « Docteur Choukou ». L’auteur des faits, sans aucune qualification médicale, a été interpellé par les forces de l’ordre et placé en détention.

Ce fait divers tragique met en lumière une réalité alarmante : l’ampleur des pratiques médicales illégales dans les zones reculées du pays, et le désespoir de populations livrées à elles-mêmes, faute d’alternatives viables.

Dans de nombreuses régions du Tchad, l’accès aux soins reste un parcours du combattant. Centres de santé éloignés, manque de personnel qualifié, coûts prohibitifs : autant de barrières qui poussent les citoyens les plus vulnérables à se tourner vers des solutions de fortune. Les « Docteurs Choukou », figures familières des marchés et des quartiers populaires, prospèrent sur ce vide sanitaire.

Mais derrière leur verbiage rassurant se cache une réalité dangereuse : absence de diagnostic fiable, traitements improvisés, interventions risquées. Le décès survenu à Pont-Carol n’est que la partie visible d’un iceberg bien plus vaste.

Ce drame soulève une question cruciale : que fait l’État pour garantir à ses citoyens un accès équitable à des soins de qualité ? Si les autorités se montrent promptes à interpeller les auteurs de pratiques illégales, elles peinent à répondre à la demande croissante de services de santé de proximité.

Il est urgent de repenser la carte sanitaire nationale. Cela implique la construction et l’équipement de centres de santé dans chaque chef-lieu de canton, le recrutement et la formation de personnels de santé qualifiés, incités à s’installer en zone rurale, la mise en place de politiques tarifaires adaptées aux réalités économiques locales et une campagne nationale de sensibilisation sur les dangers des soins non conventionnels.

Le cas de Pont-Carol ne doit pas être un fait divers de plus. Il doit être un signal d’alarme. Car tant que les soins resteront un privilège réservé aux centres urbains, tant que les populations rurales seront contraintes de choisir entre la maladie et la mort, les « Docteurs Choukou » continueront de sévir.

Garantir la santé pour tous n’est pas une faveur. C’est une obligation constitutionnelle, un impératif moral, et un pilier du développement. Il est temps que l’État tchadien en fasse une priorité absolue.

Juda Allahondoum 

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