L’annonce a l’effet d’un électrochoc, mais elle ne surprend personne. En pointant du doigt la « mafia » qui gangrène la passation des marchés publics, l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) s’attaque enfin au cœur du réacteur de la dérive financière de l’État.
Le diagnostic dressé par Ousmane Abderamane Djougourou est accablant : surfacturations, fractionnements de marchés, paiements pour des services jamais rendus… Ce n’est plus de la gestion, c’est un sport national de prédation. Chaque franc détourné par le biais d’un avenant injustifié ou d’un appel d’offres truqué est un franc de moins pour nos hôpitaux, nos écoles et nos infrastructures.
Pendant trop longtemps, le Code des marchés publics a été traité comme une simple suggestion, un document poussiéreux que l’on contourne d’un revers de main pour privilégier le « copinage » et les rétrocommissions. Cette opacité n’est pas seulement un délit ; c’est un frein majeur au développement qui décourage les investisseurs honnêtes et asphyxie les entreprises qui respectent les règles de la concurrence.
La circulaire du 6 janvier sonne-t-elle la fin de la récréation ? L’intention est louable, mais le défi est immense. Car s’attaquer à la commande publique, c’est s’attaquer à des intérêts puissants et à des réseaux solidement établis au sein même de l’appareil administratif.
Pour que cet avertissement ne reste pas une énième lettre morte, l’AILC devra passer des paroles aux actes. La menace de poursuites pénales doit devenir une réalité concrète. La transparence ne se décrète pas, elle s’impose par l’exemple et par la sanction. En ce début d’année 2026, le peuple tchadien n’attend plus des rappels à l’ordre, il attend des comptes.
Juda Allahondoum
