Le sifflet final du match contre le Burundi le 27 mars dernier au stade MIDI de Mandjafa n’a pas seulement marqué une défaite de plus au tableau d’affichage des Sao. Il a sonné comme le glas d’un système à bout de souffle, le cri de détresse d’un football tchadien pris en otage par l’incurie. Si le score est amer, 8-0 en faveur du Burundi sur l’ensemble des deux confrontations, il est surtout le reflet d’une vérité que tout le monde connaît mais que les autorités en charge du sport feignent d’ignorer : le football tchadien ne perd pas sur le gazon, il s’effondre dans les coulisses du pouvoir.
Comment peut-on, en 2026, imaginer qu’une sélection nationale puisse rivaliser avec ses pairs africains en se regroupant à peine quarante-huit heures avant une rencontre capitale ? C’est une insulte à la science du sport. Là où nos adversaires, même les plus modestes, planifient leurs cycles de préparation sur des mois, le Tchad, lui, navigue à vue.
On convoque des joueurs à la hâte, on bricole des plans de vol incertains, et l’on prie pour un miracle. Mais le football est une science exacte qui ne laisse aucune place au hasard. L’impréparation des Sao n’est pas un accident de calendrier, c’est une faute professionnelle grave de la part de ceux qui dirigent. En envoyant nos athlètes au front sans munitions, les autorités ne font pas que perdre des matchs ; elles sacrifient l’honneur d’un drapeau sur l’autel de leur propre négligence.
Un crime contre la jeunesse
Le mal est profond, car la racine est sèche. Depuis des années, le championnat national tchadien est une chimère, une compétition fantôme qui démarre dans la confusion pour s’éteindre dans l’indifférence. Comment espérer une équipe nationale compétitive quand le réservoir local est à l’arrêt ?
Un footballeur ne se forme pas par l’opération du Saint-Esprit. Il se forge dans la régularité des matchs, dans la ferveur des stades pleins et dans la rigueur d’un championnat structuré. En laissant mourir les clubs locaux, en abandonnant les infrastructures aux herbes et à l’oubli, les instances dirigeantes ont brisé l’ascenseur social que représente le football. Elles ont trahi des milliers de jeunes Tchadiens qui ne demandaient qu’un ballon et une pelouse pour rêver d’un destin à la hauteur de leur talent. Ce n’est plus de la gestion, c’est du sabotage générationnel.
Où va l’argent du football ?
La question mérite d’être posée avec force. Les subventions internationales de la FIFA et de la CAF, ainsi que les budgets de l’État, sont censés irriguer le développement à la base : formation des cadres, infrastructures, football féminin et de jeunes. Pourtant, sur le terrain, le constat est celui d’un dénuement total.
Pendant que les dirigeants paradent dans les loges VIP des compétitions internationales, les Sao s’entraînent parfois dans des conditions que ne renierait pas une équipe de quartier. Ce décalage indécent entre le train de vie des instances et la réalité matérielle de nos joueurs est devenu insupportable. L’opacité qui entoure la gestion des ressources est le verrou qui bloque toute progression. Sans transparence, il n’y a pas de confiance. Et sans confiance, il n’y a pas d’équipe.
L’heure du grand ménage
Il ne s’agit plus de changer un sélectionneur ou de radier quelques joueurs pour calmer la colère populaire. Le problème n’est pas sur le banc de touche, il est dans les fauteuils en cuir des fédérations et des ministères. Le football tchadien a besoin d’un électrochoc, d’une purge salutaire contre l’incompétence et le clientélisme.
Les responsables actuels ont échoué. Leur bilan se résume à une dégringolade constante au classement FIFA et à un sentiment de honte qui s’installe chez les supporters. Le courage, aujourd’hui, serait pour eux de reconnaître leur impuissance et de céder la place à une nouvelle génération de technocrates et de passionnés, capables de bâtir un projet sur dix ans plutôt que de gérer les urgences au jour le jour.
Le Tchad est une terre de guerriers, une terre de talent brut. Voir les Sao humiliés par manque de préparation est une douleur nationale. Si rien n’est fait, si aucune tête ne tombe, si aucun plan Marshall pour le football n’est lancé, alors nous devrons accepter l’idée que nos autorités ont définitivement décidé d’enterrer le football tchadien. Mais qu’elles sachent une chose : l’histoire et le peuple ne leur pardonneront pas d’avoir tué le rêve de tout un peuple par simple flemme patriotique.
Juda Allahondoum
Article à retrouver dans la parution 383 de votre hebdomadaire
