La journée mondiale de lutte contre la corruption célébrée le 9 décembre 2025, a permis au Contrôleur Général de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC), Ousmane Abdramane Djougourou, de dresser un bilan des opérations menées jusqu’ici par l’agence. Les résultats, on ne peut plus élogieux et significatifs dans la promotion de la transparence et de la bonne gestion des ressources de l’État, ont été présentés. Décryptage.
Christian Allahndiguissem
«La corruption est un fléau mondial, un phénomène social, politique et économique complexe qui n’épargne aucun pays. Elle affaiblit les institutions, freine le développement, érode la confiance des citoyens et engendre l’instabilité chronique des gouvernements ». C’est en ces termes, pleine d’amertume que le contrôleur général de l’AILC, Ousmane Abderamane Djougourou, a entamé ses liminaires. Pour lui, malgré les atouts considérables en matière de ressources naturelles et une population composée à 70 % de jeunes de moins de 30 ans, la majorité des Tchadiens vivent encore en dessous du seuil de pauvreté. Cette contradiction trouve, selon lui, sa source principale dans la corruption qui gangrène les institutions, entrave la conception des politiques publiques efficaces et accentue les inégalités sociales. La corruption prive nos jeunes d’opportunités qu’ils devraient saisir, limite les emplois auxquels ils aspirent, affaiblit les services publics dont ils ont droit et détourne les ressources qui auraient pu financer leur formation et améliorer leur cadre de vie, a-t-il poursuivi.
Corruption, ennemi du développement
Plus loin, Ousmane Abderamane Djougourou n’a pas caché son ressentiment vis-à-vis de la corruption. S’appuyant sur des comparaisons pourtant superflues, il a exprimé sa vive indignation face à monstrueuse dérive que la corruption entraîne. Pour lui, ce phénomène s’entend comme une mauvaise allocation des ressources financières ; une augmentation excessive des coûts des affaires ; une perte de réputation du pays à l’échelle internationale ; une école qui ne se construit pas ; un centre de santé qui manque des médicaments ; une route qui se dégrade quelques mois après son inauguration ; une procédure administrative qui devient un parcours du combattant pour les citoyens honnêtes ; un jeune qui perd confiance dans la méritocratie et dans l’avenir de son pays.
Les actions menées
Toutefois, le contrôleur général a affirmé la volonté politique des plus hautes autorités à mettre fin à ce fléau. C’est ce qui illustre, la création de l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption qui campe dans le décorum, cette volonté et l’engagement résolu du Président de la République, de mener une lutte implacable contre la corruption et la mauvaise gouvernance. Aussi, rappelle-t-il que l’AILC a pour mission de prévenir, de détecter, de réprimer la corruption et de promouvoir une gestion saine et transparente des ressources publiques.
Dans l’accomplissement de cette mission, depuis février 2025, l’institution a conduit 37 missions d’audit, de contrôle et de vérification dans diverses institutions publiques. Ces investigations ont révélé de graves irrégularités. Il en ressort qu’au total, des redressements opérés par différentes missions s’élèvent à 910 969 736 354 FCFA, un recouvrement de 120 662 868 826 FCFA dont 22 milliards FCFA déjà reversés au Trésor public, 98 milliards FCFA compensés, sous forme de dettes croisées et un montant de 790 306 867 528 FCFA restant à recouvrer. « Nous avons récupéré 31 véhicules illégalement emportés ou reformés, et restitués aux entités concernées », poursuit le contrôleur général de l’ AILC qui renseigne par ailleurs qu’à la suite de ces missions de contrôle, 92 personnes sont mises en cause dont 54 suspendues ou relevées de leurs fonctions, 38 autres actuellement objets de poursuites judiciaires, dont 6 sont déjà condamnées, 18 en détention et 14 recherchées.
Selon le patron de l’agence, l’action de l’AILC ne se limite pas qu’à la répression. Elle inscrivait également dans une démarche préventive et pédagogique. «Nous formulons, à l’issue de chaque mission, des recommandations correctives et assurons leur suivi rigoureux , afin de garantir une application effective des textes de la République ». En ce qui concerne les missions en province, Djougourou indique qu’elles ont permis de mettre au jour un vaste réseau de détournement, des transactions liées aux appels de fonds. Ce qui a contribué à stopper la dilapidation des ressources publiques.
Des mécanismes de contrôle
Pour Ousmane Abderamane Djougourou, prévenir, c’est aussi sensibiliser, informer, moraliser et impliquer les citoyens.
C’est pourquoi plusieurs mécanismes de signalement sont mis en place dans cette lutte, notamment, le numéro vert 1222, accessible gratuitement via MOOV et AIRTEL ; le site web interactif www.ailc.td quoi, permettent à tout citoyen, de dénoncer anonymement la corruption et de suivre l’évolution de son dossier. A quoi s’ajoute le Bureau des plaintes et dénonciations, ouvert à tous ceux qui souhaitent déposer des plaintes physiques. A travers ces plateformes, 18 plaintes et de dénonciations ont été enregistrées, renseigne-t-il. Par conséquent, il souligne la nécessité pour les Tchadiens, de comprendre que la corruption est la racine de tous les maux qui brisent nos rêves. « Il est temps d’unir nos forces pour la combattre avec détermination car cette lutte ne sera pas efficace, si elle n’est pas menée par l’ensemble des citoyens conscients. La prévention et la lutte contre la corruption sont un combat national qui engage chaque citoyen, et en particulier la jeunesse : ces garçons et ces filles qui refusent le fatalisme, qui rejettent les pratiques indignes, qui veulent un pays où l’effort, le mérite et la dignité garantissent l’accès aux opportunités », a indiqué le Contrôleur général.

L’AILC au-delà de nos frontières
Ousmane Abderamane Djougouou a mis à profit ce cadre pour rappeler que le Tchad, partie prenante de la Convention des Nations Unies contre la Corruption et de celle de l’Union Africaine, collabore étroitement avec des institutions partenaires telles que l’ONUDC, le PNUD et l’IACA, afin de renforcer les capacités techniques de ses membres, de mobiliser des ressources et d’adopter les meilleures pratiques internationales en matière de gouvernance et d’intégrité. « L’AILC a également intégré le réseau GLOBE NETWORK regroupant les institutions en charge de lutte contre la corruption, afin de partager les bonnes pratiques et de les implémenter dans notre pays », a-t-il informé.
