« La DGI est en phase d’atteindre ses objectifs grâce à la digitalisation », affirme le Directeur Général

À l’heure du bilan de l’exercice fiscal 2025, la Direction Générale des Impôts (DGI) affiche une sérénité affichée. Entre la montée en puissance de l’application E-tax, la lutte contre le secteur informel via les Centres de Gestion Agréés et une interconnexion accrue avec les autres régies financières, l’administration fiscale tchadienne opère sa mue numérique. Dans cet entretien exclusif, le Directeur Général des Impôts, M. Mbairari Bari Henri revient sur les performances de l’année écoulée, détaille les innovations majeures pour le climat des affaires et dévoile les ambitions de la loi de finances 2026, marquée par des prévisions de recettes revues à la hausse.

Interview réalisée par Juda Allahondoum 

LeVisionnaire. Parlant du bilan général de l’année fiscale, quels sont les principaux résultats enregistrés en matière de mobilisation des recettes fiscales en 2025 ?

M. Mbairari Bari Henri. Merci beaucoup au journal Le Visionnaire. Avant de répondre à cette question, je tiens d’abord à vous féliciter pour l’accompagnement que vous assurez, surtout en termes de communication, pas seulement auprès de la Direction Générale des Impôts (DGI), mais d’une manière générale auprès de la population tchadienne. Les informations que vous donnez servent d’appui et je vous en remercie. C’est dans ce sens que nous avons répondu promptement à votre demande d’interview. 

Comme vous le savez, chaque année, le gouvernement exprime ses besoins via la loi de finances. Chaque État programme ce qu’il doit réaliser au cours de l’année en termes de ressources et d’emplois. Ainsi, la loi de finances détermine les recettes et les dépenses annuelles d’un État tout en respectant certains équilibres macroéconomiques. En ce qui nous concerne, l’État a prévu dans le budget 2025 un montant de recettes fiscales que nous sommes chargés d’atteindre. Vu que nous approchons de la fin de l’année (Ndlr : l’interview est réalisé le 30 décembre 2025), nous sommes en mesure de mobiliser les recettes demandées. La DGI est tout à fait capable d’atteindre ces prévisions.

On parle aussi de réformes et de modernisation. Où en êtes-vous avec la mise en œuvre de la digitalisation des services fiscaux ?

Il faut savoir que c’est une politique du gouvernement. Le document intitulé « Stratégie des réformes des finances publiques » fixe un cadre pour moderniser nos finances, accroître les recettes et maîtriser les dépenses. Ces réformes sont axées sur trois piliers : la digitalisation, la modernisation et la territorialisation (pour tenir compte de la décentralisation). Pour réaliser ces réformes, le gouvernement du Tchad a signé un accord avec le Rwanda, dont une équipe nous assiste dans l’implémentation de la digitalisation à la DGI.

Il y a une application intitulée « E-tax » (impôt en ligne). Son but principal est de permettre à l’État de sécuriser ses recettes grâce à la dématérialisation. Toutes les opérations se font automatiquement en ligne : dès qu’un paiement est effectué, il va directement sur le compte du Trésor public. Cela évite la déperdition des recettes puisque l’argent ne passe plus par des intermédiaires physiques, mais par les banques ou la téléphonie mobile.

Du côté des contribuables, le système facilite la tâche : il est simple, transparent et rapide. Auparavant, le contribuable devait imprimer ses documents, les remplir, se déplacer pour les déposer, puis aller à la banque. Aujourd’hui, tout cela appartient au passé. Avec E-tax, un opérateur économique peut s’immatriculer, déclarer et payer ses impôts en ligne depuis son téléphone ou son ordinateur. Pour le paiement, nous avons deux possibilités : la banque (pour les grandes entreprises) et la téléphonie mobile (très utilisée par les PME sur toute l’étendue du territoire depuis 2023). Il n’y a plus de paiements en espèces à la Direction Générale des Impôts.

Si nous atteignons, et parfois dépassons, nos objectifs, c’est grâce à E-tax. C’est un système robuste et efficace. De plus, le recouvrement est aussi digitalisé. D’ici 2026, le module de contrôle fiscal se fera également en ligne pour éviter les contacts physiques et les tentations. Pour les litiges, un module « contentieux » permettra de régler les contestations en ligne. Enfin, un module d’aide à la décision génère des rapports automatiques. Nous sommes aussi interconnectés avec la Douane, ce qui permet des croisements de données sur les importations pour éviter les déclarations minorées. En 2026, cette interconnexion s’étendra au Trésor, à la BEAC, à l’ANAT et aux Marchés publics.

Qu’en est-il de la facturation électronique ?

Nous avons une autre application : la Facturation Électronique Normalisée. C’est un système dématérialisé où les factures sont générées et transmises automatiquement. Cela permet de lutter contre la fraude, de maîtriser la collecte de la TVA et d’éviter les erreurs (comme l’absence de NIF). Dans la loi de finances 2026, ce système sera généralisé au secteur public, permettant une retenue à la source de la TVA.

Quel résultat concret peut-on observer en matière d’élargissement de l’assiette fiscale ?

L’impôt sert à couvrir les charges publiques et doit être supporté par tous les citoyens : c’est l’équité fiscale. La digitalisation est l’élément clé de cet élargissement. Depuis deux ou trois ans, le nombre de contribuables immatriculés (NIF) est en constante augmentation. Le système E-tax nous permet de bloquer les contribuables qui ne sont pas en règle. Auparavant, nous avions entre 200 et 300 grandes entreprises répertoriées ; ce nombre a considérablement augmenté.

Nous misons aussi sur la communication et le civisme fiscal pour que le citoyen comprenne qu’il doit contribuer volontairement. Le paiement électronique est un outil de contrôle important : nous connaissons les paiements effectués par province et par commune, ce qui aide à la politique de décentralisation pour la rétrocession des ressources. Nous réfléchissons également à une « communalisation » des services fiscaux pour aider les collectivités à mobiliser leurs propres ressources.

Quelles sont les grandes priorités pour l’année 2026 ?

La priorité est l’exécution de la loi de finances 2026, qui entre en vigueur le 1er janvier. Nos objectifs de recettes ont été revus à la hausse de 25 %. C’est un défi de taille qui demande beaucoup de communication et de sensibilisation pour que chacun comprenne le fonctionnement de la facturation électronique et d’E-tax.

Nous mettrons aussi l’accent sur la formation interne pour avoir des spécialistes dans les secteurs porteurs : industries extractives (pétrole, or), téléphonie, banques et assurances. Nous insistons également sur la déontologie et l’éthique pour lutter contre la corruption. Enfin, nous poursuivrons la mise en place des Centres de Gestion Agréés (CGA) pour encadrer le secteur informel, l’aider à tenir une comptabilité et le faire basculer progressivement vers le régime formel.

Lire l’intégralité dans la parution 375 du Journal Le Visionnaire. Demandez par WhatsApp la version PDF du journal au 00235 65485047. 

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