Justice : Les non-dits de la suspension des magistrats 

A  travers les arrêtés n° 127 et 137, respectivement du 5 et 8 décembre 2025, le ministre de justice chargé des droits humains, Dr Youssouf Tom a suspendu 6 magistrats pour un délai de 3 mois,  au motif de  manquements aux devoirs de leurs charges. C’est une guerre ouverte contre les magistrats maffieux afin de redorer l’image de la justice,  écorchée par plusieurs maux.

Vladmir Toudjibé

La justice tchadienne est en panne. A l’heure actuelle, l’image de l’institution judiciaire se détériore progressivement, entravant la confiance des citoyens. L’appareil judiciaire boiteux, e tangue comme une charrette à gente,  à cause des différents maux qui le minent.

Pour se rendre à l’évidence, Dr Youssouf Tom a suspendu à travers l’arrêté n° 127 du 5 décembre 2025, Mahamat Saleh Brema,  1er Substitut du procureur général de N’Djamena, Kagonbé Moïse, 6ème substitut du procureur général de N’Djamena, Issa Sougui Djimi, substitut du procureur de Moundou. Trois jours plus tard, à travers l’arrêté n°137,  Adam Mbodou Adam, Conseiller à la Cour d’Appel de N’Djamena, président de la chambre d’accusation ; Brahim Abbo Abakar, Conseiller à la Cour d’Appel de N’Djamena et Mahamat Ibrahim Issa, Conseiller à la Cour d’Appel de N’Djamena sont aussi suspendus. Au total 6 magistrats suspendus pour le même motif de manquements aux devoirs de leurs charges. 

Voilà ce qui s’est passé…..

Même si le ministre de la justice,  n’a pas dévoilé de quoi, il s’agit.  Ces sources proches du dossier, informent d’un pot de vin. En effet, il s’agit d’un cas d’assassinat dans le ressort de la Cour d’Appel de Moundou. L’accusé était transféré de Moundou à Koro-Toro. Après quelques démarches procédurières, l’accusé obtient une liberté provisoire pour des soins. Contre toute attente après avoir été  débarqué à N’Djamena, l’accusé était reparti à Moundou. Curieusement,  de Moundou, l’accusé se retrouve au Canada, pas  seulement pour se soigner, mais plus ou moins en tourisme. Pour mieux narguer la partie civile, l’accusé s’exhibe sur des réseaux sociaux avec des images  de lui prises dans les coins huppés. Cette attitude a poussé la partie civile à saisir la chancellerie,  écartant d’emblée la thèse de maladie. Après des recoupements, c’est toute une chaine orchestré derrière ce film. Il se susurre que c’est une bagatelle  d’environ cent million (100.000.000), mis,  en jeu pour cette scène.

Dans chaque corps, il y a des  personnels véreux. Mais le cas de magistrats,  véreux, corrompus, vendeurs d’influences, en est de trop, et les intéressés eux-mêmes le  dénoncent parfois. A dire vrai, le justiciable tchadien n’a plus confiance à sa justice à cause  des décisions tordues. Néanmoins,  avec ces suspensions,   constate une volonté manifeste d’assainir le milieu, de mettre enfin de l’ordre. Au moins un peu d’honneur à ceux qu’on les appelle ‘‘votre honneur’’ un peu de pincer de justice dans la justice. Et quiconque n’est mieux placé que le ministre actuel de la justice pour connaitre par cœur,  les magistrats corrompus, véreux de par les fonctions qu’il a occupés  dans les différentes juridictions. Il sait pertinemment que l’argent circule derrière chaque gros dossier. Il doit saisir l’occasion et ne pas se lasser de nettoyer son écurie. Cette décision devrait être salutaire  par ce qu’elle vise à renforcer la discipline, l’éthique et la transparence au sein de la magistrature tchadienne, conformément aux textes en vigueur et aux réformes institutionnelles engagées.

Brema a raté l’occasion de se taire …..

Le silence est d’or on n’a rien à dire. Au lieu de se taire, Mahamat Saleh Brema 1er substitut  du procureur général de N’Djamena,  s’est offert en spectacle à travers un point de presse. C’est une aberration pour un professionnel de confondre l’existence de l’Ordonnance n°007/PR/2012,  du 21 février 2012 portant Statut de la Magistrature  avec  la Loi organique n°08/CNT/2024 du 27 février 2024 portant composition, attributions, organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature. Déjà,  à ce niveau, il y a problème. Il serait mieux pour Brema de respecter le devoir  de réserve comme les autres,  et de laisser les instances compétentes régler l’affaire que de s’humilier davantage. 

En s’affichant devant les medias, il donne plus l’occasion à l’opinion de comprendre que la justice est un grand corps malade. Dans ses inepties, Brema n’a nullement démenti les allégations qui pèsent contre lui, mais s’attaque à la procédure,  en mélangeant les pinceaux. Loin de nous tant s’en faut, d’apprendre le droit administratif à un magistrat de son rang,  qui a totalisé des années d’expériences et qui est déjà à la Cour d’Appel.  Pour le peu que l’on puisse dire, c’est une notion de deuxième année de droit, une suspension  est une mesure provisoire et conservatoire. En plus, les voies de recours sont connus, ce n’est nullement les réseaux sociaux. A moins que l’acte de suspension n’ait  traumatisé le substitut, ou que  ses conseillers en communication n’ont pas mesuré l’ampleur de la perfide qu’il a servie au public.  La communication en temps  de crise,  se murit  et se réfléchit  afin d’éviter l’effet boomerang.  Brema devrait juste se taire.

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