Depuis un certain temps, le redoutable opposant et leader politique du parti Fédération action pour la République (FAR), Yorongar Ngarlejy, très avancé en âge, est alité et peine à réunir les moyens nécessaires pour se soigner. Des appels virtuels à l’aide ont ainsi été lancés par des personnes anonymes et fortement relayés sur les réseaux sociaux. Si quelques personnalités, émues par sa situation, lui tendent la main, d’autres s’empressent de se faire filmer à ses côtés pour publier les images en ligne. Une attitude décriée par les membres de sa famille, qui y voient une indécente récupération politique.
DN
« SOS à Yoro », « Il faut secourir Papa Yoro », « Papa Yoro est malade et demande une évacuation sanitaire », tels sont, entre autres, les messages que l’on peut lire sur la toile bleue tchadienne, partagés par de nombreux lanceurs d’alerte. Des images relevant de sa sphère intime sont également publiées, tandis que certaines personnalités politiques posent tranquillement à ses côtés. Selon des informations recoupées, l’ancien député Yorongar Ngarlejy aurait un rendez-vous médical en France, mais il n’a pas pu effectuer le déplacement faute de moyens. C’est pourquoi des proches et des anonymes ont lancé une opération « coup de cœur » à l’endroit des Tchadiens de tous bords, de ses sympathisants et de tous ceux qui partagent les valeurs défendues par cet homme, afin de l’aider à honorer ce rendez-vous médical. « Un geste humanitaire, minime soit-il, lui sera utile », peut-on lire parmi les morceaux choisis de ces publications.
Face à cet élan, la famille du président Yorongar Ngarlejy, figure politique tchadienne, a tenu à exprimer sa gratitude à toutes les personnes qui lui témoignent affection, respect et soutien en cette période particulière. Cependant, dans un communiqué, elle appelle fermement au respect de son intimité, de son image et de sa dignité. « La famille déplore notamment la réalisation de photographies et de vidéos à ses côtés, parfois sans son consentement. Elle précise désormais que toute photographie, vidéo ou communication avec Ngarlejy Yorongar Le Moiban devra faire l’objet d’une autorisation préalable de ses enfants », fait-on savoir. Pour ses proches, derrière la personnalité publique et l’homme politique, se trouve avant tout un père, un frère et un homme âgé, dont la tranquillité et la dignité doivent être préservées. « Nous remercions sincèrement toutes les personnes qui témoignent leur affection, leur respect et leur soutien à notre père en cette période particulière. Cependant, nous souhaitons rappeler avec respect qu’avant d’être un homme politique et une personnalité publique, il est avant tout un père, un frère, un homme âgé et un être humain qui mérite intimité et dignité. Sa situation actuelle ne doit pas devenir une occasion de publicité personnelle, de communication ou de récupération médiatique. Nous constatons malheureusement que certaines personnes viennent se faire filmer à ses côtés ou le filment directement, parfois sans son consentement et sans l’accord de sa famille », rappelle-t-on.
Entre les lignes de ce rappel à l’ordre, c’est un manque de respect notoire de sa dignité et de son intimité qui est fustigé. « Nous demandons donc à chacun, avec tout le respect qui lui est dû, de bien vouloir s’abstenir de toute prise de vue, vidéo ou diffusion concernant M. Ngarlejy Yorongar sans l’autorisation préalable de la famille. Cette demande n’est ni une interdiction de lui témoigner de l’affection, ni une remise en cause de son statut public. C’est simplement une volonté familiale de préserver son intimité, son image, sa tranquillité et sa dignité, particulièrement en raison de son âge et de sa situation actuelle », insiste-t-on.
Une mise en scène pour hommes politiques en manque de popularité
Il est des moments où la politique, dans ce qu’elle a de plus cynique et de plus déshumanisé, franchit la ligne rouge de l’intime. La récente mise au point de la famille de Yorongar Ngarlejy vient le rappeler avec une brutalité navrante. Alors que l’homme politique, figure marquante du paysage public tchadien, traverse une période de vulnérabilité liée à son grand âge et à la maladie, certains de ses prétendus pairs ont choisi de piétiner sa dignité sur l’autel de la vanité numérique.
Le communiqué de la famille est un cri d’alarme autant qu’un constat d’échec moral. Des hommes politiques, des acteurs de premier plan censés incarner des valeurs de respect et de responsabilité, se pressent à son chevet non pas par solidarité sincère, mais armés de téléphones portables et de caméras. Leurs objectifs ? Capter l’instant, se mettre en scène aux côtés d’un aîné affaibli, et abreuver les réseaux sociaux de clichés et de vidéos racoleurs. Parfois même à son insu.
De la misère éthique
Derrière l’homme public, le tribun, le combattant des arènes politiques qu’a été Yorongar Ngarlejy, il y a aujourd’hui un homme âgé, un père, un frère, un être humain tout simplement. La souffrance et la vieillesse ne sont pas des accessoires de communication. Elles ne sauraient être tolérées comme de vulgaires arguments marketing pour booster la visibilité de politiciens en mal de popularité, avides de « likes », de partages et de récupération médiatique. Venir se filmer au chevet d’un malade sans son consentement et sans l’accord des siens relève de l’indécence la plus crasse. C’est transformer la compassion en un spectacle de foire, et la douleur d’un homme en fonds de commerce électoral ou virtuel. Ce voyeurisme 2.0 trahit une faillite morale collective. Que restera-t-il de notre humanité si la maladie d’un ancien ne force plus que le silence des caméras indiscrètes ?
Désormais, la famille pose un véto légitime et nécessaire. « Toute image, toute vidéo, toute communication avec Yorongar Ngarlejy devra faire l’objet d’une autorisation préalable de ses enfants ». Ce recadrage strict est une gifle bien méritée infligée à tous ces opportunistes de l’objectif.
Il est urgent de rappeler à certains acteurs politiques que le respect de la vie privée n’est pas négociable. La dignité d’un homme ne s’achète pas, et la maladie ne doit jamais être une opportunité publicitaire. L’heure est venue de ranger les smartphones, de baisser les caméras, et de redonner à l’homme ce que les vautours médiatiques tentent de lui voler : « le droit de vieillir et de souffrir en paix ».
