Université de Pala : Le ras-le-bol des vacataires, ces « invisibles » du corps professoral

Réunis en Assemblée générale le 24 janvier 2026, les assistants vacataires de l’Université de Pala ont brisé le silence pour dénoncer leurs conditions de vie jugées humiliantes. Entre arriérés de salaires depuis 2022 et mépris administratif, ces chevilles ouvrières de l’institution, qui assurent 80 % des enseignements, lancent un ultimatum aux autorités et menacent de paralyser l’université.

À l’issue d’une Assemblée générale décisive tenue le 24 janvier 2026 à Pala, chef-lieu du Mayo-Kebbi Ouest, les assistants vacataires de l’Université de Pala sont sortis de leur réserve. Ce rassemblement, aux allures de fronde, traduit un ras-le-bol profond face à ce que ces enseignants qualifient de mépris institutionnel et de précarité programmée.

Une dignité bafouée sur l’autel du sacrifice

C’est un véritable réquisitoire contre l’atteinte à leur honneur qu’ont dressé ces universitaires. Selon les témoignages recueillis sur place, l’Université de Pala fonctionnerait à 80 % grâce à l’apport des vacataires. Pourtant, le fossé entre leur investissement et leur traitement social est abyssal.

« Nous nous sacrifions jour et nuit pour la notoriété de cette institution. En retour, nos efforts sont balayés d’un revers de main », s’indigne l’un des porte-paroles du collectif. Il dénonce des propos déshonorants tenus par certains administrateurs : « Nous sommes relégués au dernier rang, oubliés. Nos propres familles nous regardent de travers, persuadées que nous cachons nos revenus par méchanceté, alors que nous n’avons rien. Notre statut de vacataire fait de nous des hommes et des femmes éparpillés par terre, sur lesquels on marche sans aucun égard pour notre douleur. »

Gestion locale et exploitation : le paradoxe de Pala

L’amertume est d’autant plus vive que la gestion de l’université, confiée à des cadres de la région pour favoriser le développement local, semble avoir délaissé l’aspect humain. Si l’Université de Pala se hisse parmi les meilleures du pays sur le plan académique, les vacataires dénoncent une gestion administrative opaque et un manque de considération criant.

« Il est inadmissible qu’une université accumule des années d’arriérés d’honoraires sans sourciller. Est-ce de la méchanceté ou de l’exploitation pure ? », s’interroge un enseignant, outré par les propos d’un administrateur qui aurait affirmé que « la vacation n’est pas un travail », invitant les mécontents à aller chercher fortune ailleurs.

Vers une paralysie totale ?

Alors que l’université s’apprête à célébrer ses onze années d’existence, l’absence de perspectives d’intégration dans le corps professoral reste une plaie ouverte. Pour les vacataires, la différence avec les permanents ne tient qu’à un numéro de matricule, tant la charge de travail est identique.

Face à cette impasse, le collectif a décidé de passer à l’offensive. Leurs revendications sont claires : le paiement immédiat des honoraires de vacation des années 2022, 2023, 2024 et 2025 et la régularisation de leur situation administrative.

Un préavis de grève de trois jours, courant du 26 au 28 janvier 2026, a été déposé. Faute de réaction de la part des autorités universitaires, les amphis de Pala pourraient bien rester déserts dans les jours à venir.

Madjitébaye Franck

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