Affaire Djimhoudel Faustin : L’étincelle qui menace d’embraser l’école tchadienne ?

L’arrestation et la mise sous mandat de dépôt de Djimhoudel Faustin, président du Syndicat Indépendant des Enseignants du Tchad (SIET), marquent un tournant dangereux dans la crise scolaire actuelle. 

Alors que le gouvernement opte pour la fermeté judiciaire, le risque de voir la contestation déborder les salles de classe est désormais réel.

De la craie aux barreaux : un calendrier sous haute tension

Tout s’est accéléré en quarante-huit heures. Arrêté le 6 janvier dernier au siège de son organisation à l’école Chagoua Fdar, Djimhoudel Faustin a été déféré le jeudi 8 janvier 2026 au parquet d’instance de N’Djaména. L’issue de son audition ne laisse place à aucun doute sur la stratégie de l’exécutif : le leader syndical a été placé sous mandat de dépôt à la maison d’arrêt de Klessoum.

Poursuivi pour usurpation de titre, trouble à l’ordre public, incitation à la révolte et rébellion, il attend désormais son procès en flagrant délit. Ces chefs d’accusation font suite à son appel à une grève de deux semaines pour exiger l’application du décret 2850, relatif au statut particulier des enseignants.

Une judiciarisation au risque de l’escalade

En choisissant la voie de la répression plutôt que celle du dialogue social, les autorités prennent un pari risqué. Le communiqué du ministre de l’Éducation, le Dr Aboubakar Assidick Tchoroma, qualifiant le syndicaliste d’« individu » aux propos séditieux, avait déjà planté le décor d’une confrontation directe.

Cependant, l’histoire sociale du Tchad démontre qu’enfermer un leader syndical suffit rarement à éteindre un mouvement de revendication. Au contraire, cette détention transforme Djimhoudel Faustin en « martyr » de la cause enseignante. Loin d’étouffer la grève déclenchée le 5 janvier, son incarcération pourrait agir comme un catalyseur : Solidarité intersyndicale. Des membres du SET (Syndicat des Enseignants du Tchad), traditionnellement distincts du SIET, pourraient rejoindre le mouvement par solidarité corporatiste.  La colère des apprenants n’est pas à négliger non plus. L’histoire des crises scolaires au Tchad montre que les élèves, premières victimes des années blanches, basculent rapidement dans la rue lorsque leurs encadreurs sont visés.

L’impasse sécuritaire face au malaise social

La question de fond demeure : l’arrestation d’un homme peut-elle masquer l’absence de revalorisation salariale ? Si le gouvernement espère ainsi restaurer l’autorité de l’État, il risque de produire l’effet inverse. En transférant le conflit du terrain éducatif vers le terrain judiciaire, le pouvoir s’expose à des accusations de dérive autoritaire, ternissant l’image de la justice tchadienne.

Pour apaiser la situation, la justice devra faire preuve de discernement lors de l’audience de flagrant délit. Une libération rapide apparaît aujourd’hui comme la seule soupape de sécurité capable d’éviter que la grogne des enseignants ne se transforme en un soulèvement populaire plus vaste, dans un contexte social déjà fragile. L’école tchadienne, déjà éprouvée, n’a pas besoin d’un bras de fer judiciaire, mais d’un compromis politique durable.

AC

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com