Violences sexuelles : Une urgence vitale à l’Est du Tchad

Les femmes et les filles réfugiées soudanaises ainsi, que les retournées tchadiennes installées à l’Est du Tchad, à la suite de la crise soudanaise font de plus en plus l’objet de violences sexuelles. En dépits de l’aide humanitaire accordée par les différentes organisations, la situation s’empire et devient une urgence vitale.

Francine Mbaiamdéné

Depuis avril 2023, date du début des conflits armés au Soudan voisin, près d’un million de personnes ont trouvé refuge à l’Est du Tchad. Selon les données fournies récemment, en 2024, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), parmi ces personnes, les femmes et les enfants représentent 90% chez les réfugiés soudanais et 93% chez les retournés Tchadiens. Le constat sur le terrain montre que les femmes et les filles sont les premières victimes de la brutalité de cette guerre. Car, il faut le dire pour le déplorer,dans ce contexte de doute et d’instabilité qui devaient plutôt émouvoir à tous les niveaux, celles-ci font quotidiennement l’objet de violences sexuelles. 

En effet, perçues comme englobant toutes formes des violences physiques et psychologiques étroitement liés au sexe, commises sans consentement, les violences sexuelles sont à la fois plus traumatisantes et omniprésentes, auxquelles sont plus exposées, les personnes déplacées de forces et les apatrides. Cette forme de violence  pose de graves problèmes de santé publique et à d’importantes répercussions, à court et à long termes, sur la santé physique et mental, notamment des risques de santé sexuelle, de suicide ou d’infection du VIH. C’est ainsi que le statut de Rome en son article 7, reconnaît les violences sexuelles comme un crime contre l’humanité.

Revenons au cas de l’Est du pays. Selon le HCR, environ 77% des femmes réfugiées  sont arrivées seules, avec leurs enfants dans les différentes zones. Nombre d’entre elles, comme les filles, sont des survivantes de violences sexuelles atroces, perpétrées pendant leur fuite, mais aussi et surtout, sur les différents sites où elles sont installées. Selon toujours la même source, 70% d’entre elles évoquent des abus physiques et psychologiques, 15% ont signalé des viols, souvent collectifs et 11% ont subi des agressions physiques. Il en ressort aussi que certaines d’entre elles ont rapporté, avoir été enlevées, battues, torturées, détenues pendant plusieurs jours et soumises à des viols perpétrés des groupes armés. 

Nécessité d’actions concrètes et urgentes 

Cette situation d’un autre âge, à la fois inhumaine et alarmante, a conduit Dossou Patrice Ahouansou, coordinateur principal du HCR pour la situation au Soudan, au Tchad, à décrier, à travers le rapport de ladite organisation, : «Ce que nous observons dans l’est du Tchad est une urgence de protection d’une ampleur que je n’ai jamais vue … ».Comme tel, et vu la situation qui prévaut à l’Est du pays, il est temps et grand temps d’agir urgemment mais aussi, en toute responsabilité, pour sauver des vies, face à cette urgence vitale.

C’est ici le lieu de saluer les actions du Comité international de la croix rouge (CICR) qui, consciente de la situation, intervient dans les zones frontalières  avec le Darfour, en assistant et en protégeant les victimes des conflits y compris celles des violences sexuelles, par des soins médicaux, de soutien psychosocial et juridique, tout en œuvrant inlassablement pour renforcer le droit international humanitaire (DIH) auprès des autorités, dans l’ultime but d’améliorer l’aide et de prévenir ces violences qui exposent particulièrement les femmes et les filles.De telles actions méritent d’être perpétuées. Aussi, cette situation est l’affaire de tous. Nos sœurs, nos filles et nos mamans ne méritent pas de telles humiliations. Elles méritent respect et considération. C’est pourquoi, comme le CICR, en marge des 16 jours d’activisme contre les VBG,le  gouvernement Tchadien, les organismes humanitaires ainsi que les acteurs de la société civile, à tous les niveaux, ne doivent pas rester indifférents, car l’heure est grave.

(Article écrit dans le cadre du « concours de rédaction journalistique sur les violences sexuelles en temps de crise » organisé par le CICR. Article modifié et adapté.)

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