Le Tchad, pays riche en ressources naturelles, notamment pétrolières, aurifères et agricoles, demeure paradoxalement l’un des pays les moins développés du continent africain. Malgré les potentialités économiques et humaines considérables dont il dispose, le Tchad est confronté à de multiples obstacles qui entravent son progrès et sa modernisation. Ces difficultés trouvent leur origine dans une combinaison de facteurs politiques, économiques, sociaux et institutionnels qui compromettent durablement son développement.
I- Les principaux obstacles au développement du Tchad
La mauvaise gouvernance et la concentration du pouvoir :* L’un des maux les plus visibles est la multiplication des cumuls de fonctions au sein de l’administration publique. Il est fréquent de voir une seule personne occuper plusieurs postes à la fois, au détriment de l’efficacité et de la transparence. Ce phénomène empêche non seulement l’accès des jeunes aux responsabilités, mais crée également une surcharge administrative qui nuit à la performance de l’État.
Le chômage massif des jeunes :* Le chômage des jeunes diplômés est l’un des défis les plus criants du pays. Des milliers de jeunes, parfois hautement qualifiés, se retrouvent sans emploi, faute de politiques publiques efficaces d’insertion professionnelle. Ce désœuvrement alimente le désespoir, l’émigration clandestine et parfois l’instabilité sociale.
Le manque de compétence et le népotisme : De nombreuses nominations dans la fonction publique sont souvent basées sur le clientélisme ou les liens familiaux plutôt que sur la compétence et le mérite. Cette pratique conduit à une administration inefficace, où certaines personnes occupant des postes clés ne disposent pas des qualifications nécessaires pour accomplir convenablement leurs missions.
L’absence de renouvellement générationnel: Un autre problème majeur réside dans le maintien prolongé des cadres âgés à la tête des institutions. Certains, pourtant en âge de retraite, continuent d’occuper des postes stratégiques. Cela bloque le passage de relais à la jeune génération et prive l’État d’un souffle nouveau, d’idées modernes et d’une énergie de changement.
La corruption et les détournements de fonds publics : La corruption endémique mine la confiance des citoyens envers les institutions. Les détournements de fonds publics sont récurrents, privant les secteurs prioritaires (éducation, santé, emploi, infrastructures) de ressources essentielles. Bien que des comités de lutte contre la corruption aient été créés, leurs actions restent souvent limitées, voire entravées par des pressions politiques et des menaces.
II- Conséquences sur le développement national
Les dysfonctionnements au sein du pays entraînent des conséquences particulièrement préoccupantes qui affectent de manière significative le développement national.
Affaiblissement des institutions publiques, qui peinent à répondre efficacement aux besoins de la population.
Ralentissement de la croissance économique, malgré l’existence de ressources naturelles abondantes.
Fuite des cerveaux se produit, caractérisée par le départ des jeunes diplômés et professionnels qualifiés vers d’autres pays où des opportunités plus prometteuses sont offertes.
La relation entre le peuple et ses dirigeants est également mise à mal, engendre une profonde perte de confiance.
La pauvreté demeure un phénomène de persistant, frappant une grande partie de la population, tandis que les inégalités sociales continuent de se creuser.
III- Pour un renouveau : le rôle central de la jeunesse
Le Tchad a aujourd’hui besoin d’une génération de jeunes leaders, compétents, patriotes et engagés, capables d’apporter des idées nouvelles et de travailler au service de l’intérêt général. Ces jeunes constituent la véritable richesse du pays. Leur intégration dans les instances de décision et dans le marché du travail est une condition essentielle pour relancer la dynamique de développement.
IV- Nous proposons au gouvernement une solution concrète et réaliste pour aborder ces problématiques à leur source.
Réforme de la gouvernance publique : Identifier les personnes exerçant plusieurs fonctions ainsi que les fonctionnaires inactifs ou proches de l’âge de la retraite. Mettre en place une limite d’âge et un système de rotation obligatoire au sein des hauts postes de la fonction publique afin de favoriser le renouvellement et le rajeunissement administratif. Établir un recrutement axé sur le mérite en créant un système transparent de concours pour chaque fonction publique, accompagné de la publication des résultats de manière claire et accessible.
Renforcement de la lutte contre la corruption : Mise en place d’une protection juridique pour les membres du comité de lutte contre la corruption, afin de les prémunir contre les menaces et les pressions.
Insertion et emploi des jeunes : Mise en place de financements pour des projets agricoles, artisanaux et technologiques initiés par des jeunes dans chaque province. Établissement d’incitations fiscales pour les entreprises qui embauchent des jeunes diplômés tchadiens. Création d’espaces dédiés à la formation des jeunes aux métiers du numérique, de l’énergie, du bâtiment et de l’agriculture moderne.
Valorisation du secteur privé local : Simplifier les procédures administratives liées à la création d’entreprises pour les jeunes. Favoriser les partenariats public-privé dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de l’énergie.
Suivi et évaluation : Établissement d’un observatoire national dédié au développement et à l’emploi, chargé d’évaluer régulièrement les résultats et d’ajuster les politiques en conséquence. Impliquer la société civile et les jeunes dans le suivi de la mise en œuvre.
V- Conclusion
Pour tout dire, Le développement du Tchad ne pourra se réaliser sans une transformation profonde des mentalités et des pratiques de gouvernance. Le pays doit impérativement tourner la page du clientélisme, du favoritisme et de la corruption, pour adopter un modèle de gestion fondé sur la compétence, la responsabilité et la transparence.
La jeunesse tchadienne, si elle est formée, encadrée et valorisée, représente un levier puissant de changement. Le gouvernement a donc le devoir d’ouvrir la voie à cette génération, afin que le Tchad puisse enfin amorcer un véritable décollage économique et social durable.
Politologue et Stratégie Moderne
SOBKIKA Bienvenu
